BokRobot reading edition
Livres
GratuitLa Barrique Échouée
Adapt
À la tête d’un petit ruisseau de la rivière Tamar, un peu au-dessus de Saltash sur la côte cornouaillaise, se dresse le village de Botusfleming, ou Bloflemy, et au début de l’été, lorsque les vergers de cerisiers sont en fleur, on chercherait loin avant de trouver un endroit plus joli.
Les années ont traité Botusfleming avec douceur.
Tel qu’il est aujourd’hui, ainsi, ou presque ainsi, il en était un certain après-midi ensoleillé de l’année 1807, lorsque le révérend Edward Spettigew, curé en charge, était assis dans le jardin devant son cottage et fumait sa pipe tout en méditant un sermon. C’est-à-dire qu’il avait l’intention de méditer un sermon. Mais l’après-midi était chaud ; les bourdons bourdonnaient somnolents parmi ses giroflées et ses tulipes. De son banc, l’œil suivait la descente du vallon entre des vagues superposées de fleurs de cerisier jusqu’à une échappée où brillait la Tamar argentée : non pas, qu’on le comprenne bien, la partie appelée Hamoaze, où gisaient les vaisseaux de guerre et les pontons contenant les prisonniers français, mais un tronçon supérieur rarement troublé par la navigation.
Le pasteur Spettigew posa le livre à l’envers sur son genou tandis que ses lèvres murmuraient une partie du texte qu’il avait choisi : « Un lieu de larges rivières et de ruisseaux . . . où ne passera point de galère à rames, et où nul galant navire ne passera. . . . » Sa pipe s’éteignit. Le livre glissa de son genou au sol. Il s’assoupit. . . .
Le portail du jardin claqua, et il se réveilla en sursaut.
Sur le sentier en contrebas se tenait un marin, un homme d’âge moyen et de taille moyenne, vêtu de ses plus beaux habits de terre : chapeau de toile cirée luisant, habit et gilet bleus, chemise ouverte au col, et pantalon de coutil blanc avec ceinturon à large boucle.
« Votre révérence me pardonnera », commença le visiteur, touchant le bord de son chapeau, puis, après réflexion, se découvrant, « mais mon nom est Jope, Ben Jope— »
« Hein ? Que puis-je pour vous ? » demanda le pasteur Spettigew, un peu troublé d’être surpris en train de sommeiller.
# book_id: global-gutenberg-translation-ae03e7f9b63f467bb39f3194eb98c057
# book_title: La Barrique Échouée
# chapter_id: 1-la-barrique-echouee
# chapter_title: La Barrique Échouée
# book_page: 1 / 9
# chapter_page: 1
# language: fr
# content_format: markdown
# reading_structure: unknown
# render_mode: prose
À la tête d’un petit ruisseau de la rivière Tamar, un peu au-dessus de Saltash sur la côte cornouaillaise, se dresse le village de Botusfleming, ou Bloflemy, et au début de l’été, lorsque les vergers de cerisiers sont en fleur, on chercherait loin avant de trouver un endroit plus joli.
Les années ont traité Botusfleming avec douceur.
Tel qu’il est aujourd’hui, ainsi, ou presque ainsi, il en était un certain après-midi ensoleillé de l’année 1807, lorsque le révérend Edward Spettigew, curé en charge, était assis dans le jardin devant son cottage et fumait sa pipe tout en méditant un sermon. C’est-à-dire qu’il avait l’intention de méditer un sermon. Mais l’après-midi était chaud ; les bourdons bourdonnaient somnolents parmi ses giroflées et ses tulipes. De son banc, l’œil suivait la descente du vallon entre des vagues superposées de fleurs de cerisier jusqu’à une échappée où brillait la Tamar argentée : non pas, qu’on le comprenne bien, la partie appelée Hamoaze, où gisaient les vaisseaux de guerre et les pontons contenant les prisonniers français, mais un tronçon supérieur rarement troublé par la navigation.
Le pasteur Spettigew posa le livre à l’envers sur son genou tandis que ses lèvres murmuraient une partie du texte qu’il avait choisi : « Un lieu de larges rivières et de ruisseaux . . . où ne passera point de galère à rames, et où nul galant navire ne passera. . . . » Sa pipe s’éteignit. Le livre glissa de son genou au sol. Il s’assoupit. . . .
Le portail du jardin claqua, et il se réveilla en sursaut.
Sur le sentier en contrebas se tenait un marin, un homme d’âge moyen et de taille moyenne, vêtu de ses plus beaux habits de terre : chapeau de toile cirée luisant, habit et gilet bleus, chemise ouverte au col, et pantalon de coutil blanc avec ceinturon à large boucle.
« Votre révérence me pardonnera », commença le visiteur, touchant le bord de son chapeau, puis, après réflexion, se découvrant, « mais mon nom est Jope, Ben Jope— »
« Hein ? Que puis-je pour vous ? » demanda le pasteur Spettigew, un peu troublé d’être surpris en train de sommeiller.« —de la bombarde Vesoovious, bosco », poursuivit M. Jope, avec un sourire qui désarma toute contrariété : tant il était ingénu, amical, et avec cela respectueux ; « mais payé et débarqué à huit heures ce matin. Peut-être que votre révérence peut me dire où trouver un embaumeur dans ces parages ? »
« Un—un quoi ? »
« Embaumeur. » M. Jope mâchonna un moment ou deux une chique de tabac, et commença une explication réfléchie. « Le genre de personne à qui on irait si votre révérence avait un cadavre sous la main et voulait le garder pour toujours. On prend beaucoup de gommes et d’épices, et d’abord on expose le défunt, et ensuite— »
« Oui, oui, » interrompit le pasteur, précipitamment ; « je connais le procédé, bien sûr. »
« Quoi—pour le pratiquer ? » L’espoir illumina le visage de M. Jope.
« Non, certainement pas. . . . Mais, mon brave homme, un embaumeur ! —et à Botusfleming, de tous les endroits ! »
Le visage du marin s’allongea. Il soupira patiemment. « C’est ce qu’ils m’ont dit à Saltash, plus ou moins. J’ai une sœur qui y vit—Sarah Treleaven de son nom—une femme veuve, qui vend du poisson. Quand je suis allé la voir ce matin, “Embaumeur ?” qu’elle dit ; “va donc embaumer ta grand-mère !” Ses propres paroles, et le reste de la population n’était guère plus serviable. Mais par chance, pendant que je cherchais, Bill Adams est allé se faire raser, et dans la boutique du barbier, qu’est-ce qu’il a vu comme une loutre de belle taille dans une boîte en verre. Bill a commencé à l’admirer, d’un air négligent, et il s’est trouvé que le barbier avait empaillé la chose. Peut-être que votre révérence connaît l’homme ? “A. Grigg et Fils” qu’il s’appelle. »
« Grigg ? Oui, bien sûr ; il m’a empaillé une truite l’été dernier. »
« Quel poids ? —si je puis me permettre. »
« Sept livres. »
Le visage de M. Jope s’allongea de nouveau. « Eh bien, eh bien, » suggéra-t-il, se remettant, « Je suppose que la taille n’importe pas, une fois qu’on a le tour de main. Nous l’avons amené avec nous, en tout cas ; et qui plus est, nous l’avons forcé à apporter tous ses outils. D’après ce qu’il dit, il croit que c’est un travail de rasage, et nous avons convenu d’attendre avant de le détromper. »
# book_id: global-gutenberg-translation-ae03e7f9b63f467bb39f3194eb98c057
# book_title: La Barrique Échouée
# chapter_id: 1-la-barrique-echouee
# chapter_title: La Barrique Échouée
# book_page: 2 / 9
# chapter_page: 2
# language: fr
# content_format: markdown
# reading_structure: unknown
# render_mode: prose
« —de la bombarde Vesoovious, bosco », poursuivit M. Jope, avec un sourire qui désarma toute contrariété : tant il était ingénu, amical, et avec cela respectueux ; « mais payé et débarqué à huit heures ce matin. Peut-être que votre révérence peut me dire où trouver un embaumeur dans ces parages ? »
« Un—un quoi ? »
« Embaumeur. » M. Jope mâchonna un moment ou deux une chique de tabac, et commença une explication réfléchie. « Le genre de personne à qui on irait si votre révérence avait un cadavre sous la main et voulait le garder pour toujours. On prend beaucoup de gommes et d’épices, et d’abord on expose le défunt, et ensuite— »
« Oui, oui, » interrompit le pasteur, précipitamment ; « je connais le procédé, bien sûr. »
« Quoi—pour le pratiquer ? » L’espoir illumina le visage de M. Jope.
« Non, certainement pas. . . . Mais, mon brave homme, un embaumeur ! —et à Botusfleming, de tous les endroits ! »
Le visage du marin s’allongea. Il soupira patiemment. « C’est ce qu’ils m’ont dit à Saltash, plus ou moins. J’ai une sœur qui y vit—Sarah Treleaven de son nom—une femme veuve, qui vend du poisson. Quand je suis allé la voir ce matin, “Embaumeur ?” qu’elle dit ; “va donc embaumer ta grand-mère !” Ses propres paroles, et le reste de la population n’était guère plus serviable. Mais par chance, pendant que je cherchais, Bill Adams est allé se faire raser, et dans la boutique du barbier, qu’est-ce qu’il a vu comme une loutre de belle taille dans une boîte en verre. Bill a commencé à l’admirer, d’un air négligent, et il s’est trouvé que le barbier avait empaillé la chose. Peut-être que votre révérence connaît l’homme ? “A. Grigg et Fils” qu’il s’appelle. »
« Grigg ? Oui, bien sûr ; il m’a empaillé une truite l’été dernier. »
« Quel poids ? —si je puis me permettre. »
« Sept livres. »
Le visage de M. Jope s’allongea de nouveau. « Eh bien, eh bien, » suggéra-t-il, se remettant, « Je suppose que la taille n’importe pas, une fois qu’on a le tour de main. Nous l’avons amené avec nous, en tout cas ; et qui plus est, nous l’avons forcé à apporter tous ses outils. D’après ce qu’il dit, il croit que c’est un travail de rasage, et nous avons convenu d’attendre avant de le détromper. »« Mais—vous m’excuserez—je ne suis pas tout à fait— »
M. Jope pressa un index mystérieusement contre sa lèvre, puis lança un pouce en direction de la rivière. « Si votre révérence ne voyait pas d’inconvénient à descendre au ruisseau avec moi ? » suggéra-t-il, respectueusement.
Le pasteur Spettigew alla chercher son chapeau, et ensemble les deux hommes descendirent le vallon sous les pétales tombants des cerisiers.

Au pied de celui-ci, ils arrivèrent à un ruisseau, que la marée, à cette heure, avait inondé et presque fait déborder. Tout près du bord de l’eau, adossé à de hauts ormes, se dressait une poissonnerie délabrée, et en dessous gisait un bateau avec sa proue échouée sur une plage de pierres plates. Deux hommes étaient dans le bateau. Le barbier, un bout d’homme dans un chapeau haut de forme rouillé et un costume de noir passé, était assis à l’arrière, face à une grande barrique : une barrique si ample que, pour trouver de la place à ses genoux, il était forcé de les plier à un angle élevé et inconfortable.

À la proue, un croc à la main, se tenait un grand marin, vêtu d’habits de terre, semblables à ceux de M. Jope. Son visage était long, jaunâtre, et exprimait la taciturnité, et il portait une barbe, non pas là où les barbes se portent habituellement, mais comme une frange sous son menton rasé de près et sa mâchoire anguleuse.
« Eh bien, nous y voilà ! » affirma M. Jope, gaiement. « Votre révérence connaît A. Grigg et Fils, et les autres, vous pouvez leur faire confiance par tous les temps, étant William Adams, autrement dit Bill, et Eli Tonkin : des amis à moi et tous deux compagnons de bord. »
Le pasteur, perplexe, dévisagea le grand marin, qui toucha son chapeau en guise de reconnaissance de la présentation.
« Mais—mais je n’en vois qu’un ! » protesta-t-il.
« Celui-ci, c’est Bill Adams, » dit M. Jope, et de nouveau le grand marin toucha son chapeau. « Est-ce Eli que vous cherchez ? Eli est dans la barrique. »
« Oh ! »
# book_id: global-gutenberg-translation-ae03e7f9b63f467bb39f3194eb98c057
# book_title: La Barrique Échouée
# chapter_id: 1-la-barrique-echouee
# chapter_title: La Barrique Échouée
# book_page: 3 / 9
# chapter_page: 3
# language: fr
# content_format: markdown
# reading_structure: unknown
# render_mode: prose
« Mais—vous m’excuserez—je ne suis pas tout à fait— »
M. Jope pressa un index mystérieusement contre sa lèvre, puis lança un pouce en direction de la rivière. « Si votre révérence ne voyait pas d’inconvénient à descendre au ruisseau avec moi ? » suggéra-t-il, respectueusement.
Le pasteur Spettigew alla chercher son chapeau, et ensemble les deux hommes descendirent le vallon sous les pétales tombants des cerisiers.
Au pied de celui-ci, ils arrivèrent à un ruisseau, que la marée, à cette heure, avait inondé et presque fait déborder. Tout près du bord de l’eau, adossé à de hauts ormes, se dressait une poissonnerie délabrée, et en dessous gisait un bateau avec sa proue échouée sur une plage de pierres plates. Deux hommes étaient dans le bateau. Le barbier, un bout d’homme dans un chapeau haut de forme rouillé et un costume de noir passé, était assis à l’arrière, face à une grande barrique : une barrique si ample que, pour trouver de la place à ses genoux, il était forcé de les plier à un angle élevé et inconfortable.
À la proue, un croc à la main, se tenait un grand marin, vêtu d’habits de terre, semblables à ceux de M. Jope. Son visage était long, jaunâtre, et exprimait la taciturnité, et il portait une barbe, non pas là où les barbes se portent habituellement, mais comme une frange sous son menton rasé de près et sa mâchoire anguleuse.
« Eh bien, nous y voilà ! » affirma M. Jope, gaiement. « Votre révérence connaît A. Grigg et Fils, et les autres, vous pouvez leur faire confiance par tous les temps, étant William Adams, autrement dit Bill, et Eli Tonkin : des amis à moi et tous deux compagnons de bord. »
Le pasteur, perplexe, dévisagea le grand marin, qui toucha son chapeau en guise de reconnaissance de la présentation.
« Mais—mais je n’en vois qu’un ! » protesta-t-il.
« Celui-ci, c’est Bill Adams, » dit M. Jope, et de nouveau le grand marin toucha son chapeau. « Est-ce Eli que vous cherchez ? Eli est dans la barrique. »
« Oh ! »« Nous allons la hisser jusqu’au magasin, Bill, si tu es prêt. Ça a l’air d’un bel endroit frais. Et pendant que tu la descelles, je ferais mieux d’expliquer à son révérence et au barbier. Ici, sors la planche de débarquement ; et vous, A. Grigg et Fils, donnez un coup de main pour soulever. . . . Oui, vous avez raison ; ça pèse plus d’un rien—étant un quart de barrique, et le meilleur rhum pur. Inclinez-la par ici. . . . Prêts ? . . . Alors hisse ! et en avant ! »
Avec une secousse et une embardée qui firent pencher le bateau jusqu’à ce que l’eau passe par-dessus le plat-bord, l’énorme barrique fut roulée par-dessus bord dans l’eau peu profonde. Avec une course et un soulèvement formidable, ils la hissèrent sur la plateforme herbeuse, d’où Bill Adams la guida avec aisance à travers la porte ruinée du magasin, tandis que M. Jope revenait, souriant et s’essuyant le front.
« Voilà comment c’est, » dit-il, s’adressant au pasteur. « Eli Tonkin est son nom, ou était ; et, comme il l’a dit, de cette paroisse. »
Ici M. Jope s’arrêta, apparemment pour confirmation.
« Tonkin ? » demanda le pasteur. « Il n’y a plus de Tonkin vivant dans la paroisse de Botusfleming. Le dernier était une pauvre vieille veuve que j’ai enterrée la semaine après Noël. »
« Halte-là ! . . . Morte, est-elle ? » Le visage de M. Jope montra la plus vive déception. « Et après la surprise que nous lui avions préparée ! » murmura-t-il d’un air contrit. « Hé, Bill ! » appela-t-il son compagnon, qui, ayant rangé la barrique, revenait au bateau.
« Quoi ? » demanda Bill Adams, distraitement. « Regarde, où avons-nous rangé le marteau et le ciseau ? »
« Sors ta tête du bateau et écoute. La vieille femme est morte ! »
Le grand homme absorba lentement la nouvelle. « C’est un coup dur, » dit-il enfin. « Mais peut-être qu’on peut aussi l’arranger ? Je paierai ma part. »
« Elle a été enterrée la semaine après Noël. »
« Oh ! » Bill se gratta la tête. « Alors on ne peut pas—pas très bien. »
# book_id: global-gutenberg-translation-ae03e7f9b63f467bb39f3194eb98c057
# book_title: La Barrique Échouée
# chapter_id: 1-la-barrique-echouee
# chapter_title: La Barrique Échouée
# book_page: 4 / 9
# chapter_page: 4
# language: fr
# content_format: markdown
# reading_structure: unknown
# render_mode: prose
« Nous allons la hisser jusqu’au magasin, Bill, si tu es prêt. Ça a l’air d’un bel endroit frais. Et pendant que tu la descelles, je ferais mieux d’expliquer à son révérence et au barbier. Ici, sors la planche de débarquement ; et vous, A. Grigg et Fils, donnez un coup de main pour soulever. . . . Oui, vous avez raison ; ça pèse plus d’un rien—étant un quart de barrique, et le meilleur rhum pur. Inclinez-la _par ici_. . . . Prêts ? . . . Alors hisse ! et en avant ! »
Avec une secousse et une embardée qui firent pencher le bateau jusqu’à ce que l’eau passe par-dessus le plat-bord, l’énorme barrique fut roulée par-dessus bord dans l’eau peu profonde. Avec une course et un soulèvement formidable, ils la hissèrent sur la plateforme herbeuse, d’où Bill Adams la guida avec aisance à travers la porte ruinée du magasin, tandis que M. Jope revenait, souriant et s’essuyant le front.
« Voilà comment c’est, » dit-il, s’adressant au pasteur. « Eli Tonkin est son nom, ou était ; et, comme il l’a dit, de cette paroisse. »
Ici M. Jope s’arrêta, apparemment pour confirmation.
« Tonkin ? » demanda le pasteur. « Il n’y a plus de Tonkin vivant dans la paroisse de Botusfleming. Le dernier était une pauvre vieille veuve que j’ai enterrée la semaine après Noël. »
« Halte-là ! . . . Morte, est-elle ? » Le visage de M. Jope montra la plus vive déception. « Et après la surprise que nous lui avions préparée ! » murmura-t-il d’un air contrit. « Hé, Bill ! » appela-t-il son compagnon, qui, ayant rangé la barrique, revenait au bateau.
« Quoi ? » demanda Bill Adams, distraitement. « Regarde, où avons-nous rangé le marteau et le ciseau ? »
« Sors ta tête du bateau et écoute. La vieille femme est morte ! »
Le grand homme absorba lentement la nouvelle. « C’est un coup dur, » dit-il enfin. « Mais peut-être qu’on peut aussi l’arranger ? Je paierai ma part. »
« Elle a été enterrée la semaine après Noël. »
« Oh ! » Bill se gratta la tête. « Alors on ne peut pas—pas très bien. »« Maintes et maintes fois, j’ai entendu Eli parler de sa pauvre vieille mère, » dit M. Jope, se tournant vers le pasteur. « Ce que vous croirez à peine, mais bien que je le connusse pour un homme de l’Ouest, ce n’est qu’à la fin que j’ai appris de quelle paroisse il venait. C’est arrivé très curieusement—Bill, déniche A. Grigg et Fils, et amène-le ici devant pour écouter ; tu trouveras les outils sous lui à l’arrière. »
Bill obéit, et, s’étant emparé d’un marteau et d’un ciseau, retourna au rivage. Le petit barbier s’approcha et se tint au coude de M. Jope ; son visage portait une pâleur malsaine et il sentait puissamment la boisson forte.
« C’est du cognac, » s’excusa M. Jope, observant une légère contraction de la narine du pasteur. « J’ai pensé que ça le retendrait un peu pour ce qui l’attend. . . . Eh bien, comme je disais, c’est arrivé très curieusement. Il y a quinze jours, nous remontions en virant dans le golfe de Gascogne, après un jeu de va-et-vient de quatre mois devant le port de Toulon. Il soufflait frais, et nous faisions bien mauvaise route—la Vesoovious étant un sacré bateau qui prenait l’eau par temps de mer, et un escargot au mieux des temps. À bord d’une bombardière, tout doit être lourd.
« Eh bien, monsieur, pendant deux jours, elle avait porté une voilure qui nous étouffait littéralement, et le capitaine Crang n’était pas homme à se soucier de notre sort à l’avant, tant que l’eau n’atteignait pas l’arrière jusqu’à ses propres quartiers. Mais enfin, le premier officier, M. Wapshott, eut pitié de nous et—le capitaine étant en bas, en train de faire une sieste après le dîner—envoie l’équipage du grand hunier en haut pour prendre un ris dans la voile. Le pauvre Eli en était. Ce qui fit qu’à peine les hommes avaient-ils atteint le hunier que le capitaine Crang monte de sa cabine et longe le pont, sans se soucier de jeter un œil en haut. Ce qui fit qu’il manqua ce qui se passait. Ce qui fit qu’il venait juste d’arriver à hauteur du grand mât, quand—patatras ! à ses pieds mêmes tombe un homme ! C’était Eli, qui avait manqué sa prise et était tombé droit sur son crâne. “Hallo !” dit le capitaine, “et d’où diable venez-vous ?”
# book_id: global-gutenberg-translation-ae03e7f9b63f467bb39f3194eb98c057
# book_title: La Barrique Échouée
# chapter_id: 1-la-barrique-echouee
# chapter_title: La Barrique Échouée
# book_page: 5 / 9
# chapter_page: 5
# language: fr
# content_format: markdown
# reading_structure: unknown
# render_mode: prose
« Maintes et maintes fois, j’ai entendu Eli parler de sa pauvre vieille mère, » dit M. Jope, se tournant vers le pasteur. « Ce que vous croirez à peine, mais bien que je le connusse pour un homme de l’Ouest, ce n’est qu’à la fin que j’ai appris de quelle paroisse il venait. C’est arrivé très curieusement—Bill, déniche A. Grigg et Fils, et amène-le ici devant pour écouter ; tu trouveras les outils sous lui à l’arrière. »
Bill obéit, et, s’étant emparé d’un marteau et d’un ciseau, retourna au rivage. Le petit barbier s’approcha et se tint au coude de M. Jope ; son visage portait une pâleur malsaine et il sentait puissamment la boisson forte.
« C’est du cognac, » s’excusa M. Jope, observant une légère contraction de la narine du pasteur. « J’ai pensé que ça le retendrait un peu pour ce qui l’attend. . . . Eh bien, comme je disais, c’est arrivé très curieusement. Il y a quinze jours, nous remontions en virant dans le golfe de Gascogne, après un jeu de va-et-vient de quatre mois devant le port de Toulon. Il soufflait frais, et nous faisions bien mauvaise route—la Vesoovious étant un sacré bateau qui prenait l’eau par temps de mer, et un escargot au mieux des temps. À bord d’une bombardière, tout doit être lourd.
« Eh bien, monsieur, pendant deux jours, elle avait porté une voilure qui nous étouffait littéralement, et le capitaine Crang n’était pas homme à se soucier de notre sort à l’avant, tant que l’eau n’atteignait pas l’arrière jusqu’à ses propres quartiers. Mais enfin, le premier officier, M. Wapshott, eut pitié de nous et—le capitaine étant en bas, en train de faire une sieste après le dîner—envoie l’équipage du grand hunier en haut pour prendre un ris dans la voile. Le pauvre Eli en était. Ce qui fit qu’à peine les hommes avaient-ils atteint le hunier que le capitaine Crang monte de sa cabine et longe le pont, sans se soucier de jeter un œil en haut. Ce qui fit qu’il manqua ce qui se passait. Ce qui fit qu’il venait juste d’arriver à hauteur du grand mât, quand—patatras ! à ses pieds mêmes tombe un homme ! C’était Eli, qui avait manqué sa prise et était tombé droit sur son crâne. “Hallo !” dit le capitaine, “et d’où diable venez-vous ?”Eli l’entendit—le pauvre garçon—et dit, comme je le soulevais, répondant très respectueusement, “Si ça vous plaît, monsieur, de Botusfleming, à trois miles de l’autre côté de Saltash.”
“Alors vous avez fait un fameux voyage rapide, c’est tout ce que je peux dire,” répond le capitaine Crang, et il tourne les talons.
« Eh bien, monsieur, nous avons tous convenu que le capitaine aurait pu montrer plus de sentiment, surtout que le pauvre Eli avait la base du crâne fracassée et qu’à huit heures il avait rendu le nombre de son mess. Cinq ou six d’entre nous en avons parlé, convenant que ce n’était guère humain, et Eli un si bon garçon, sans parler d’être un marin décent. C’est ainsi que l’idée m’est venue que comme il venait de Botusfleming—ce furent ses derniers mots—retourner à Botusfleming il devait ; et là-dessus, nous avons monté un complot. Bill Adams étant de service à l’infirmerie, il n’y avait aucune difficulté à coudre un mannequin à la place d’Eli ; et le mannequin, monsieur, le lendemain, nous l’avons dûment confié aux profondeurs,—comme on dit,—le capitaine Crang lui-même lisant le service. La vraie question était quoi faire d’Eli.
C’est ainsi que, le commissaire aux vivres et moi étant amis, je vais le voir et je lui dis, “Écoute,” je dis, “nous serons payés et débarqués dans une dizaine de jours, et il y a aussi un peu d’argent de prise. À quel prix nous vendez-vous une barrique du rhum du navire ? —disons un quart de barrique de préférence ?” “Pour quoi faire ?” dit-il. “Pour usage à terre,” dis-je ; “Bill Adams et moi avons un usage pour elle.” “Eh bien,” dit le commissaire,—un brave type, et du nom de Wilkins,—“Je suis un honnête homme,” dit-il, “et pour obliger un ami, vous l’aurez au taux de l’inventaire. Et qui plus est,” dit-il, “j’ai eu vent de votre petit jeu, et je ferai ce que je peux pour le faire avancer, car j’ai toujours aimé le défunt, et à mon avis le capitaine Crang s’est conduit de la façon la plus insensible. Vous dites à Bill d’apporter le corps chez moi, et il n’y aura plus de problème jusqu’à ce que je vous remette la barrique à Plymouth.”
# book_id: global-gutenberg-translation-ae03e7f9b63f467bb39f3194eb98c057
# book_title: La Barrique Échouée
# chapter_id: 1-la-barrique-echouee
# chapter_title: La Barrique Échouée
# book_page: 6 / 9
# chapter_page: 6
# language: fr
# content_format: markdown
# reading_structure: unknown
# render_mode: prose
Eli l’entendit—le pauvre garçon—et dit, comme je le soulevais, répondant très respectueusement, “Si ça vous plaît, monsieur, de Botusfleming, à trois miles de l’autre côté de Saltash.”
“Alors vous avez fait un fameux voyage rapide, c’est tout ce que je peux dire,” répond le capitaine Crang, et il tourne les talons.
« Eh bien, monsieur, nous avons tous convenu que le capitaine aurait pu montrer plus de sentiment, surtout que le pauvre Eli avait la base du crâne fracassée et qu’à huit heures il avait rendu le nombre de son mess. Cinq ou six d’entre nous en avons parlé, convenant que ce n’était guère humain, et Eli un si bon garçon, sans parler d’être un marin décent. C’est ainsi que l’idée m’est venue que comme il venait de Botusfleming—ce furent ses derniers mots—retourner à Botusfleming il devait ; et là-dessus, nous avons monté un complot. Bill Adams étant de service à l’infirmerie, il n’y avait aucune difficulté à coudre un mannequin à la place d’Eli ; et le mannequin, monsieur, le lendemain, nous l’avons dûment confié aux profondeurs,—comme on dit,—le capitaine Crang lui-même lisant le service. La vraie question était quoi faire d’Eli.
C’est ainsi que, le commissaire aux vivres et moi étant amis, je vais le voir et je lui dis, “Écoute,” je dis, “nous serons payés et débarqués dans une dizaine de jours, et il y a aussi un peu d’argent de prise. À quel prix nous vendez-vous une barrique du rhum du navire ? —disons un quart de barrique de préférence ?” “Pour quoi faire ?” dit-il. “Pour usage à terre,” dis-je ; “Bill Adams et moi avons un usage pour elle.” “Eh bien,” dit le commissaire,—un brave type, et du nom de Wilkins,—“Je suis un honnête homme,” dit-il, “et pour obliger un ami, vous l’aurez au taux de l’inventaire. Et qui plus est,” dit-il, “j’ai eu vent de votre petit jeu, et je ferai ce que je peux pour le faire avancer, car j’ai toujours aimé le défunt, et à mon avis le capitaine Crang s’est conduit de la façon la plus insensible. Vous dites à Bill d’apporter le corps chez moi, et il n’y aura plus de problème jusqu’à ce que je vous remette la barrique à Plymouth.”Eh bien, monsieur, l’homme a tenu parole. Nous avons débarqué la barrique en cachette hier soir, et l’avons cachée dans les bois de ce côté du mont Edgcumbe. Ce matin, nous l’avons réembarquée, comme vous voyez. D’abord, nous n’avions l’intention de rien d’autre que d’annoncer la nouvelle à la mère d’Eli et de le lui remettre ; mais Bill a pensé que le lui remettre, barrique et tout, aurait l’air négligent ; car, comme il l’a dit, “Ce n’est pas comme si on pouvait l’enterrer dans une barrique.” Nous avons cru que votre révérence y mettrait son veto, bien que nous n’ayons pas le plaisir de vous connaître alors. »
« Oui, » acquiesça le pasteur, tandis que M. Jope s’arrêtait ; « je crains que cela ne puisse se faire sans scandale. »
« C’est exactement ce que Bill a dit. “Eh bien, alors,” dis-je, en y réfléchissant, “pourquoi ne pas faire les choses proprement pendant que nous y sommes ? Toi et moi ne sommes pas le genre d’hommes,” dis-je, “à gâcher le navire pour un demi-sou de goudron.” “Certainement que non,” dit Bill, “et nous avons fait beaucoup pour Eli,” dis-je. “C’est vrai,” dit Bill. “Eh bien, alors,” dis-je, “mettons une couche de peinture sur toute l’affaire et faisons-le embaumer !” Bill était enchanté. »
« Je—je vous demande pardon ? » intervint le barbier, reculant d’un pas.
« Bill était enchanté. Écoutez-le dans le magasin, là-bas—en train de taper sur le ciseau. »
« Mais il y a un malentendu, » protesta le petit homme, sérieusement. « J’avais compris que c’était pour un rasage. »
« Vous pouvez aussi le raser, si vous voulez. »
« Si je p-pensais que vous étiez s-sérieux— »
« Buvez encore un peu de cognac. » M. Jope sortit et tendit une flasque. « Mais n’en faites pas trop, ou ça rendra votre main tremblante. Sérieux ? Vous pouvez parier que Bill est sérieux. Il est si attaché à l’idée que cela ne lui fait aucune différence—comme vous avez pu le remarquer—que la mère d’Eli ne soit pas en vie pour en profiter. Pourquoi, il voulait aussi l’embaumer, elle ! Il fait ça maintenant pour sa propre satisfaction, c’est Bill ; et vous pouvez me croire, quand Bill a quelque chose à cœur, il le mène à bien. Ne le contrariez pas—c’est mon conseil. »
« Mais, mais— »
# book_id: global-gutenberg-translation-ae03e7f9b63f467bb39f3194eb98c057
# book_title: La Barrique Échouée
# chapter_id: 1-la-barrique-echouee
# chapter_title: La Barrique Échouée
# book_page: 7 / 9
# chapter_page: 7
# language: fr
# content_format: markdown
# reading_structure: unknown
# render_mode: prose
Eh bien, monsieur, l’homme a tenu parole. Nous avons débarqué la barrique en cachette hier soir, et l’avons cachée dans les bois de ce côté du mont Edgcumbe. Ce matin, nous l’avons réembarquée, comme vous voyez. D’abord, nous n’avions l’intention de rien d’autre que d’annoncer la nouvelle à la mère d’Eli et de le lui remettre ; mais Bill a pensé que le lui remettre, barrique et tout, aurait l’air négligent ; car, comme il l’a dit, “Ce n’est pas comme si on pouvait l’enterrer dans une barrique.” Nous avons cru que votre révérence y mettrait son veto, bien que nous n’ayons pas le plaisir de vous connaître alors. »
« Oui, » acquiesça le pasteur, tandis que M. Jope s’arrêtait ; « je crains que cela ne puisse se faire sans scandale. »
« C’est exactement ce que Bill a dit. “Eh bien, alors,” dis-je, en y réfléchissant, “pourquoi ne pas faire les choses proprement pendant que nous y sommes ? Toi et moi ne sommes pas le genre d’hommes,” dis-je, “à gâcher le navire pour un demi-sou de goudron.” “Certainement que non,” dit Bill, “et nous avons fait beaucoup pour Eli,” dis-je. “C’est vrai,” dit Bill. “Eh bien, alors,” dis-je, “mettons une couche de peinture sur toute l’affaire et faisons-le embaumer !” Bill était enchanté. »
« Je—je vous demande pardon ? » intervint le barbier, reculant d’un pas.
« Bill était enchanté. Écoutez-le dans le magasin, là-bas—en train de taper sur le ciseau. »
« Mais il y a un malentendu, » protesta le petit homme, sérieusement. « J’avais compris que c’était pour un rasage. »
« Vous pouvez aussi le raser, si vous voulez. »
« Si je p-pensais que vous étiez s-sérieux— »
« Buvez encore un peu de cognac. » M. Jope sortit et tendit une flasque. « Mais n’en faites pas trop, ou ça rendra votre main tremblante. Sérieux ? Vous pouvez parier que Bill est sérieux. Il est si attaché à l’idée que cela ne lui fait aucune différence—comme vous avez pu le remarquer—que la mère d’Eli ne soit pas en vie pour en profiter. Pourquoi, il voulait aussi l’embaumer, elle ! Il fait ça maintenant pour sa propre satisfaction, c’est Bill ; et vous pouvez me croire, quand Bill a quelque chose à cœur, il le mène à bien. Ne le contrariez pas—c’est mon conseil. »
« Mais, mais— »« Non, pas question ! »—comme le petit homme faisait un saut sauvage pour s’enfuir sur la plage, M. Jope étendit une main et le saisit par le col de son habit. « Maintenant, écoutez, » dit-il très calmement, tandis que le pauvre diable aurait voulu se prosterner aux pieds du pasteur, « vous vous vantiez auprès de Bill, il n’y a pas une heure, de pouvoir empailler n’importe quoi. »
« Ne le frappez pas, » interposa le pasteur Spettigew, touchant le bras de M. Jope.
« Je ne le frappe pas, votre révérence, seulement—Eli ? Qu’est-ce que c’est ? »
Tous tournèrent leurs visages vers le magasin.
« Votre ami vous appelle, » dit le pasteur.
« Et avec de gros mots, aussi ? —ce n’est pas comme Bill, d’habitude. Ohé, là-bas ! Bill ! »
« Ohé ! » répondit la voix de M. Adams.
« Qu’est-ce qu’il y a ? » Sans attendre de réponse, M. Jope poussa le barbier devant lui sur la plage jusqu’à la porte, le pasteur suivant. « Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda-t-il de nouveau, en reprenant son souffle.
« Viens donc voir par toi-même, » répondit M. Adams, sombrement, pointant du ciseau. Un parfum fin de rhum imprégnait l’air du magasin.
M. Jope s’avança et regarda dans la barrique défoncée. « Partie ? » s’exclama-t-il, et il regarda autour de lui, vide.
Bill Adams hocha la tête.
« Mais où ? . . . Tu ne veux pas dire qu’il s’est dissous ? »
« Ce n’est pas la façon habituelle du rhum. Et c’est bien du rhum ? » Bill en appela au pasteur.
« À l’odeur, sans aucun doute. »
« Je te dis ce qui s’est passé. Cet imbécile de Wilkins a fait une erreur avec la barrique . . . »
« Et Eli ? —oh Seigneur ! Hein ? » haleta M. Jope.
« Ils auront renvoyé Eli au Département des vivres avant ça, » dit Bill, lugubrement.
« J’ai entendu Wilkins dire qu’il devait remettre tous les stocks et comptes à neuf heures et demie ce matin. »
« Et une fois là-bas, qui sait où il a été mélangé ? Il fera le tour de la Flotte, peut-être. Oh, ma parole ! et le navire qui le défonce ! »
Bill Adams ouvrit la bouche et la referma, ne trouvant pas de paroles ; il l’ouvrit de nouveau, et : « Ils croiront avoir un sac de butin, » dit-il, faiblement.
« Et Wilkins payé avec les autres, et sans adresse. Même s’il pouvait aider, ce dont je doute. »
# book_id: global-gutenberg-translation-ae03e7f9b63f467bb39f3194eb98c057
# book_title: La Barrique Échouée
# chapter_id: 1-la-barrique-echouee
# chapter_title: La Barrique Échouée
# book_page: 8 / 9
# chapter_page: 8
# language: fr
# content_format: markdown
# reading_structure: unknown
# render_mode: prose
« Non, pas question ! »—comme le petit homme faisait un saut sauvage pour s’enfuir sur la plage, M. Jope étendit une main et le saisit par le col de son habit. « Maintenant, écoutez, » dit-il très calmement, tandis que le pauvre diable aurait voulu se prosterner aux pieds du pasteur, « vous vous vantiez auprès de Bill, il n’y a pas une heure, de pouvoir empailler n’importe quoi. »
« Ne le frappez pas, » interposa le pasteur Spettigew, touchant le bras de M. Jope.
« Je ne le frappe pas, votre révérence, seulement—Eli ? Qu’est-ce que c’est ? »
Tous tournèrent leurs visages vers le magasin.
« Votre ami vous appelle, » dit le pasteur.
« Et avec de gros mots, aussi ? —ce n’est pas comme Bill, d’habitude. Ohé, là-bas ! Bill ! »
« Ohé ! » répondit la voix de M. Adams.
« Qu’est-ce qu’il y a ? » Sans attendre de réponse, M. Jope poussa le barbier devant lui sur la plage jusqu’à la porte, le pasteur suivant. « Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda-t-il de nouveau, en reprenant son souffle.
« Viens donc voir par toi-même, » répondit M. Adams, sombrement, pointant du ciseau. Un parfum fin de rhum imprégnait l’air du magasin.
M. Jope s’avança et regarda dans la barrique défoncée. « Partie ? » s’exclama-t-il, et il regarda autour de lui, vide.
Bill Adams hocha la tête.
« Mais où ? . . . Tu ne veux pas dire qu’il s’est dissous ? »
« Ce n’est pas la façon habituelle du rhum. Et c’est bien du rhum ? » Bill en appela au pasteur.
« À l’odeur, sans aucun doute. »
« Je te dis ce qui s’est passé. Cet imbécile de Wilkins a fait une erreur avec la barrique . . . »
« Et Eli ? —oh Seigneur ! Hein ? » haleta M. Jope.
« Ils auront renvoyé Eli au Département des vivres avant ça, » dit Bill, lugubrement.
« J’ai entendu Wilkins dire qu’il devait remettre tous les stocks et comptes à neuf heures et demie ce matin. »
« Et une fois là-bas, qui sait où il a été mélangé ? Il fera le tour de la Flotte, peut-être. Oh, ma parole ! et le navire qui le défonce ! »
Bill Adams ouvrit la bouche et la referma, ne trouvant pas de paroles ; il l’ouvrit de nouveau, et : « Ils croiront avoir un sac de butin, » dit-il, faiblement.
« Et Wilkins payé avec les autres, et sans adresse. Même s’il pouvait aider, ce dont je doute. »« Hein ? J’ai une note de Wilkins, comme par hasard. » Bill Adams ôta son chapeau de toile cirée et sortit un papier de la doublure du fond. « Il me l’a passée ce matin quand j’ai poussé du navire. Il a dit que je devais la garder, et que peut-être je la trouverais utile. Je me demandais ce qu’il voulait dire sur le moment, moi n’ayant pas particulièrement d’affaires avec les commissaires à terre. . . . Il m’est venu à l’esprit, comme j’avais entendu qu’il voulait se marier, que peut-être il voulait que je sois le témoin au mariage. C’est pourquoi je n’ai pas ouvert la note à ce moment-là, ne voulant pas le refuser après qu’il se soit si bien comporté avec nous. »
« Passe-la, » ordonna M. Jope. Il prit le papier et le déplia, mais soit la lumière était faible dans le magasin, soit l’écriture était difficile à déchiffrer.
« Votre révérence voudrait-elle nous le lire ? »
Le pasteur Spettigew porta le papier à la porte.
Il lut son contenu à haute voix et lentement :
« À M. Bill Adams, Capitaine du grand hunier du H. M. S. Vesuvius,
Monsieur : C’était un mannequin que le capitaine Crang a enterré. Nous avons jeté le dernier E. Tonkin par-dessus bord la deuxième nuit à lat. 46-30, long. 7-15, ou à peu près. À ce moment-là, le sentiment à bord s’était refroidi et il semblait un tel gaspillage de bon esprit. Le rhum que vous avez payé est du bon rhum. Espérant que vous et M. Jope lui trouverez un usage.
Votre obéissant serviteur, S. WILKINS. »
Il y eut une longue pause, à travers laquelle on pouvait entendre M. Adams respirer fort.
« Mais qu’est-ce qu’on en fait ? » demanda M. Jope, se grattant la tête dans sa perplexité.
« Le boire. Quoi d’autre ? »
« Mais où ? »
« Oh, » dit M. Adams, « n’importe où ! »
« C’est très bien, » répondit son ami. « Tu n’as jamais eu de propriété, et tu ne connais pas ses fardeaux. Nous allons devoir louer une maison pour ça, et y vivre jusqu’à ce que ce soit fini. »
Sir Arthur T. Quiller-Couch.

# book_id: global-gutenberg-translation-ae03e7f9b63f467bb39f3194eb98c057
# book_title: La Barrique Échouée
# chapter_id: 1-la-barrique-echouee
# chapter_title: La Barrique Échouée
# book_page: 9 / 9
# chapter_page: 9
# language: fr
# content_format: markdown
# reading_structure: unknown
# render_mode: prose
« Hein ? J’ai une note de Wilkins, comme par hasard. » Bill Adams ôta son chapeau de toile cirée et sortit un papier de la doublure du fond. « Il me l’a passée ce matin quand j’ai poussé du navire. Il a dit que je devais la garder, et que peut-être je la trouverais utile. Je me demandais ce qu’il voulait dire sur le moment, moi n’ayant pas particulièrement d’affaires avec les commissaires à terre. . . . Il m’est venu à l’esprit, comme j’avais entendu qu’il voulait se marier, que peut-être il voulait que je sois le témoin au mariage. C’est pourquoi je n’ai pas ouvert la note à ce moment-là, ne voulant pas le refuser après qu’il se soit si bien comporté avec nous. »
« Passe-la, » ordonna M. Jope. Il prit le papier et le déplia, mais soit la lumière était faible dans le magasin, soit l’écriture était difficile à déchiffrer.
« Votre révérence voudrait-elle nous le lire ? »
Le pasteur Spettigew porta le papier à la porte.
Il lut son contenu à haute voix et lentement :
« À M. Bill Adams, Capitaine du grand hunier du H. M. S. Vesuvius,
Monsieur : C’était un mannequin que le capitaine Crang a enterré. Nous avons jeté le dernier E. Tonkin par-dessus bord la deuxième nuit à lat. 46-30, long. 7-15, ou à peu près. À ce moment-là, le sentiment à bord s’était refroidi et il semblait un tel gaspillage de bon esprit. Le rhum que vous avez payé est du bon rhum. Espérant que vous et M. Jope lui trouverez un usage.
Votre obéissant serviteur, S. WILKINS. »
Il y eut une longue pause, à travers laquelle on pouvait entendre M. Adams respirer fort.
« Mais qu’est-ce qu’on en fait ? » demanda M. Jope, se grattant la tête dans sa perplexité.
« Le boire. Quoi d’autre ? »
« Mais où ? »
« Oh, » dit M. Adams, « n’importe où ! »
« C’est très bien, » répondit son ami. « Tu n’as jamais eu de propriété, et tu ne connais pas ses fardeaux. Nous allons devoir louer une maison pour ça, et y vivre jusqu’à ce que ce soit fini. »
_Sir Arthur T. Quiller-Couch_.
BokRobot
BokRobot brings together books and fairy tales to read and explore. Discover a growing collection, or create books and fairy tales of your own.